J'ai 16 ans et suis intéressée par les modifications corporelles depuis quelques temps déjà. Ai les oreilles percées et strechées, un conche, et les deux tétons percés (ces derniers ayant été faits à l'insu de mes parents, cela va sans dire.) Je dois préciser que mon père tolère mes oreilles trouées mais que le simple fait d'évoquer une possibilité d'autres piercings, quelqu'ils soient, est une hérésie. Je peux oublier lèvre, nez, bridge, nuque, nombril, labret, etc.
At A Glance Author anonymous When It just happened Artist je sais pas Studio Magic Circus Location Paris, France Seulement cette dictature du " Tu ne te perceras point " commençait à sérieusement m'agacer, d'autant plus que mes deux meilleurs amis, J. et N., déjà percés au visage, allaient se faire percer le nez. Ils m'ont demandé de venir avec eux me faire percer quelque chose. Une sorte de pacte d'amitié. J'ai immédiatement pensé au nombril, que je pourrai strecher, puis ensuite à la nuque, car je venais de me couper les cheveux courts. Je me suis dit que mon père péterait moins les plombs en voyant ma nuque percée que mon visage percé. Peut-être même ne s'en rendrait-il pas compte, à la nuque. Cependant, je voulais le visage, je voulais un truc voyant pour une fois. Mes amis allaient se faire percer le nez, mais moi je trouvais que ça m'irait pas, le nez, alors je me suis dit : pourquoi pas le septum ?
Le septum est cette cloison entre les narines. Un anneau dedans, est, pour l'opinion publique, un truc très taurin. Moi je trouve ça original et joli, particulièrement si on met un fer à cheval. C'est une façon de dire, pour moi : " Je suis libre. Je ressemble à rien, selon vous. Et alors ? J'emmerde mes parents, j'emmerde la société, j'emmerde le bahut ! " Je suis bien consciente que c'est puéril, mais que c'est bon !
On a économisé un peu, arrêté de fumer comme des pompiers et de boire comme des trous et enfin, au bout de quelques semaines on avait tous chacun assez de fric pour se faire percer. J'ai cherché sur Internet un studio à Paname pas trop cher, et j'ai trouvé Magic Circus.
Hier, mes deux potes viennent me chercher. Je leur dis que je le sens pas, le septum, que je suis très stressée, que le nombril serait mieux. J'aurai moins peur de me faire percer le nombril que le septum. Pour ce qui est de la nuque, il en était désormais hors de question — trop cher !
On a galéré pour trouver Magic Circus, à Paris, rue des Lombards, à Châtelet les Halles, le quartier des goths. On a tourné en rond, demandé plusieurs fois notre chemin. Un mec à même dragué J. ! " Elle est belle ta crête, ça te va bien, tu as un visage très fin... " Une fois le shop trouvé, on n'a même pas eu la présence d'esprit de fumer une ultime clope et on est entrés directement.
Ce shop est une vraie usine ! C'est bourré de monde, ça fait salon de coiffure, studio de tatouages et piercings. J. a donné son autorisation parentale et la carte d'identité d'un de ses parents. On a attendu un quart d'heure environ. J'étais comme " hors de moi ", toute bizarre, molle, stressée comme jamais. Je bouffais des bonbons en attendant mon tour, morte de trouille. Magic Circus, c'est pseudo-branché, avec de la musique de clubbers et des magazines féminins dans la salle d'attente bondée. On lisait un article intitulé " Comment avoir un bébé sans grossesse ", pour essayer de penser à autre chose.
Puis J. a franchi le rideau de la salle de piercing car c'était son tour et en est ressorti 5 minutes plus tard, souriant, avec un petit bijou de métal dans le nez. La douleur avait été moindre selon lui.
Puis N. y est allée à son tour, et même topo, elle sort heureuse et percée 5 minutes plus tard.
Comme un zombie, je franchis moi aussi le rideau. Je ne fais même pas attention au nouveau piercing dans le nez de N., tellement je suis stressée. La pierceuse qui s'est occupée de mes potes appelle un de ses collègues pour mon septum. Ils mettent la chaise en position lit, je m'allonge. Sont présents la pierceuse, le pierceur et N. Le pierceur me demande si je suis stressée. Je lui répond la vérité. Puis il désinfecte mon nez et me fait les points. Quand il serre très fort les pinces et me demande si je veux avoir mal une fois ou mal deux fois, je me demande sérieusement ce que je fous là. Comme quand on est dans un truc style montagne russe avec looping ou immense ascenseur à la foire du trône, et attaché à ton siège par un lourd truc en fer à poignées on se dit : "Merde, mais qu'est ce que je fous là ?" et il est trop tard pour faire marche arrière.
Moi c'était pareil. Je pouvais plus reculer. La pierceuse sympa à la coiffure bizarre, qui était comme une infirmière à côté du chirurgien, me dit, plutôt ironiquement : "T'inquiète pas, ça fait pas mal !" Mais elle n'avait pas le septum percé. J'avais la vague impression d'être un cobaye dans un labo de savant fou ! Mais ce n'étais évidemment pas le cas. J'étais là de mon plein gré, et foutredieu, je m'en voulais terriblement.
Donc, le perceur m'a proposé deux solutions. La première consistait à me percer avec un cathéter, ce qui est une grosse aiguille, plus grosse que le bijou, avec une partie en plastique. Avec ça, on a mal une fois intensément et ça a tendance a pisser le sang, m'a précisé la pierceuse.
La deuxième solution, c'était de percer avec une aiguille de 1,6 mm pour passer un anneau de 1,6 mm.
J'ai préféré le cathéter, pour n'avoir mal qu'une bonne fois pour toutes et pas qu'il y ait d'accroc en passant l'anneau si j'avais choisi la deuxième solution, ce qui aurait été fort douloureux !
Rien que les pinces me faisaient mal et je regrettais vraiment d'être née à ce moment-là, plus que d'habitude. Puis j'ai senti l'aiguille passer, (Oh douleur ! ! !) déchirer rapidement ma chair affolée, enfin, et je sais pas si c'est une réaction physiologique naturelle ou quoi de cette partie du corps mais j'avais plein de larmes qui me coulaient sur les joues. Y'avait N. avec moi, et je lui broyais la main comme une folle.
" C'est fini ? " Oui ! Enfin ! Je me suis regardée dans une glace, j'étais contente, même si le bijou me paraissait un peu trop placé vers l'avant. Peu importait, au moins, la douleur était finie. Je ressentais quand même le métal mais je n'avais plus vraiment mal. J'avais beau loucher, mais je ne voyais rien. Mes potes m'ont dit que c'était super. On nous a donné des fiches de soin, faut désinfecter tous les jours. On a payé (N. et J. 24 euros pour la narine et moi 46 pour le septum.) J'ai essuyé mes larmes, j'avais un peu honte, mais j'avais pas pu me retenir. Après je me sentais beaucoup mieux. Puis on est sortis, on a fumé une cigarette au crépuscule en regardant tous les gothiques qui commençaient à envahir les rues.
On est allés tous les 3 à une fête juste après et J. a perdu son piercing ! Il s'est enlevé durant son sommeil, et s'est rebouché. Demain, on retourne à la boutique pour voir s'il y a moyen de le repercer. Les réactions vis-à-vis de mon nouveau piercing ont été : " C'est trop bien. " " C'est trop inutile. " " C'est classe. " et ma mère " C'est moche ! Tu aurais pu nous en parler ! Tu cherches les hostilités ! Qu'est ce qu'il va dire, ton père ? "
Mon père ? Peu importe sa réaction. Je le vois dans quelques jours (mes parents sont divorcés.) Je pense que je vais mettre une barre à la place de l'anneau pour ne pas qu'il s'en aperçoive. J'aime bien l'anneau, j'arrête pas de me regarder ! Mais plus tard je mettrais un fer à cheval je pense.
Ce matin en rentrant de la fête on a sniffé du poppers, je ne le conseille pas aux fraîchement percés au nez, je me suis pris du liquide sur l'anneau ! De plus, j'ai dû me moucher tout à l'heure et c'était fort désagréable !
Je n'ai pas vraiment peur de la réaction de mon vieux. Il faudra bien qu'il l'apprenne un jour, je vais pas m'embêter à changer mon anneau en barre à chaque fois que je le verrai jusqu'à mes 18 ans (dans un an et demi !) J'ai 16 ans, et je connais quelqu'un qui m'a dit " Tes parents sont des vieux cons, toi tu es jeune et intelligente. " et quelqu'un d'autre qui dit : " On sera jamais aussi jeunes que maintenant. "